« Faire pousser des patates, c’est vraiment compliqué! » s’exclame d’emblée Audrey Boulianne, agronome et directrice générale de Québec Parmentier, l’entreprise qui distribue les pommes de terre de table de marque Propur partout au Québec.

Ces tubercules, vous les consommez sûrement, et ce, depuis plus de 40 ans. Ils sont parfois dans un sac Propur (si vendus au Saguenay–Lac-Saint-Jean) ou dans un sac des marques maison des grands épiciers de la province ainsi que sous la bannière Mamzells dans le reste du Québec.

Ce sont des pommes de terre d’une qualité exceptionnelle par le fait qu’elles poussent dans un milieu exceptionnel, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, et qu’elles sont produites par de vrais connaisseurs de la pomme de terre.

Pour la petite histoire, Propur est une marque qui a été fondée par un regroupement de familles de producteurs de Saint-Ambroise, en 1979. Les pommes de terre étaient ensuite empaquetés à Emballages Saint-Ambroise, entreprise qui était détenue par Patate-Saint-Ambroise.

Puis en 2012, Patate-Saint-Ambroise est devenue actionnaire-propriétaire de Québec Parmentier, un nouveau regroupement de producteurs et d’associations de producteurs qui voulaient s’unir afin de se doter d’une structure de mise en marché et d’assurer la pérennité de plus petites fermes un peu partout au Québec. Propur est alors devenue une filiale de Québec Parmentier, et c’est sous ce nom que les pommes de terre sont maintenant commercialisées dans les grandes chaînes de la province.

La force du modèle familial

Kévin Rivard, producteur de pommes de terre chez Productions Rivard à Saint-Ambroise et président de Québec Parmentier, explique que la force de Propur au sein de Québec Parmentier, c’est d’être en mesure de produire ses pommes de terre, de les entreposer, de les emballer et de les commercialiser. Tout ça, à même sa propre structure : un modèle unique au Québec.

« Les propriétaires de Propur, ce sont des producteurs, donc tout ce qu’on fait est à échelle humaine et à dimension familiale », déclare-t-il fièrement.

L’identité de la compagnie se définit par ses racines régionales. En effet, Propur doit son succès à des Jeannois et Saguenéens qui ont eu une vision et la volonté de répondre aux demandes changeantes de la clientèle, qui se trouve maintenant partout dans la province et plus loin encore.

« On prône la collaboration », tient à souligner Kévin Rivard, qui en plus de son diplôme d’agronome détient aussi un MBA. « Que ce soit avec nos clients ou entre producteurs, c’est l’essence même de notre entreprise. On est toujours en mode solutions. »

Les 25 familles de producteurs-actionnaires-propriétaires de Québec Parmentier possèdent des expertises et compétences différentes. Lorsqu’elles sont mises ensemble, les problèmes se règlent plus vite, les avancées technologiques se font à vitesse grand V et de nouvelles variétés de pommes de terre sont créées pour répondre aux besoins d’une clientèle grandement diversifiée.

Une patate parfaite est une patate plus verte

Propur, en collaboration avec les six agronomes de Québec Parmentier, travaille chaque année à l’élaboration de dizaines de nouvelles variétés de pommes de terre.

« Cette année, on aura 58 variétés à l’essai, affirme la directrice de Québec Parmentier, Audrey Boulianne. On travaille le goût, la forme, son utilisation… Ça se peut que demain on trouve la meilleure pomme de terre pour faire une purée! Mais on travaille aussi sa productivité et son adaptation au climat. » On pourrait, par exemple, tenter de développer une pomme de terre blanche résistante à la gale, une maladie qui touche les tubercules encore en terre, et qui serait encore bonne après des mois d’entreposage.

« Tester de nouvelles variétés, c’est très écoresponsable et c’est une pratique avant-gardiste pour une compagnie d’ici, tient-elle à souligner. Ces recherches permettent de produire des pommes de terre qui demandent moins d’intrants de synthèse et d’irrigation, qui sont plus hâtives ou qui s’entreposent plus longtemps. »

Mais pour qu’une patate passe du développement variétal aux tablettes d’épicerie, il peut s’écouler jusqu’à 10 ans! Entre-temps, que peut-on faire pour réduire son empreinte écologique tout en produisant une pomme de terre de grande qualité? « On utilise de l’engrais vert pour les rotations [c’est-à-dire une culture qui sera retournée en terre à la fin de la floraison, comme les tournesols] et des produits stimulants alternatifs aux pesticides. Cette année, on va faire de la télédétection par drone afin de mieux connaître nos besoins en irrigation », explique Audrey Boulianne.

Kévin Rivard ajoute que chez Québec Parmentier ils repensent constamment la chaîne de transport des pommes de terre afin qu’elle soit plus efficace et permette de réduire la distance parcourue par les légumes.

Goûter la pureté d’une patate nordique

L’un des avantages de Propur, c’est tout simplement d’être au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans un climat plus que propice à la culture de la pomme de terre. Le parc des Laurentides crée une barrière naturelle pour les pathogènes qui pourraient contaminer les champs. Ces terres sont désignées comme zones protégées par le gouvernement.

Il y a des incidences positives à faire pousser une pomme de terre en zone protégée. Les producteurs doivent utiliser des semences certifiées et les normes sanitaires sont rehaussées, entre autres.

« On est avantagés parce qu’en région éloignée et nordique, les champs sont exempts de toutes maladies. Sur la Rive-Sud de Montréal, quand tes voisins sont producteurs de fruits et légumes, tu courent plus de risques d’avoir des pucerons et de devoir traiter tes champs », explique Audrey Boulianne. Elle poursuit : « On récolte un mois plus tard qu’au sud de la province. »

Kévin Rivard souligne aussi que le fait d’avoir moins de temps pour produire une pomme de terre, comparativement aux agriculteurs du sud de la province, donne moins de temps à la patate de se détériorer avant l’entreposage, ce qui résulte en une patate de plus grande qualité.

Enfin, le climat nordique prépare mieux la pomme de terre à son entreposage qu’un climat plus doux. Kévin Rivard vulgarise la chose ainsi : « La pomme de terre entrepose dans ses tubercules des réserves pour survivre à l’hiver. Les nuits fraîches de notre climat nordique font que la patate est stimulée à fournir de l’énergie à ses tubercules. Elle va donc mieux se conserver et être bonne toute l’année. »

Maintenant, il suffit de convaincre les Québécois de réadopter la pomme de terre et de l’inclure plus souvent à leur menu. « La pomme de terre a eu mauvaise presse, mais c’est en train de changer. Il n’y a pas de légume aussi complet que la patate », croit Audrey Boulianne. Sa façon préférée d’apprêter les pommes de terre Propur? « En quartiers, grillée au BBQ sur des brochettes. On n’a rien besoin d’autre, car on a des patates tellement goûteuses! »