Au lieu de voir l’isolement géographique comme un désavantage, Nutrinor a choisi d’en faire sa force et d’ainsi souligner les spécificités de l’agriculture nordique. La coopérative souhaite être une cheffe de file pour faire rayonner le terroir unique du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

« On a longtemps dit que l’éloignement des marchés était un désavantage, mais on veut maintenant tirer profit de notre position géographique pour mettre en valeur ses spécificités en offrant des produits inimitables », soutient Dominic Perron, le président de Nutrinor, qui est aussi un producteur laitier de cinquième génération qui exploite les terres familiales avec ses deux frères, à La Baie.

Ben effet, depuis 2019, le producteur est aussi président de la coopérative Nutrinor, et il souhaite faire rayonner l’agriculture nordique en travaillant avec ses 1075 membres qui viennent de divers domaines agricoles. « On veut semer des rêves dans la tête des producteurs en instaurant un mouvement collectif », dit le fier agriculteur.

Transformer les désavantages en avantages

La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est entourée de vastes forêts, avec la réserve faunique des Laurentides qui agit en quelque sorte comme une barrière naturelle, explique Chantale Bélanger, vice-présidente du domaine agriculture à Nutrinor. « On tient à mettre de l’avant nos spécificités régionales pour se démarquer », souligne-t-elle.

Trop longtemps les agriculteurs et les producteurs de la région comparaient leurs rendements à ceux du sud du Québec, mais la saison de croissance des végétaux, par exemple, est écourtée au-delà du 48e parallèle et ne permet pas de récolter les mêmes volumes.

Cet isolement géographique protège toutefois les cultures contre les insectes nuisibles. C’est pourquoi on trouve une plus grande concentration de producteurs biologiques dans la région qu’ailleurs au Québec. Avec plus de 20 000 hectares sous régie biologique, la région se démarque notamment par la culture de petits fruits, de chanvre et de céréales bios, précise Chantale Bélanger. De plus, la production d’herbages et de grains de qualité permet de fabriquer du lait bio, alors que l’isolement limite l’introduction de pathogènes et de maladies néfastes à l’élevage animal, ce qui permet de réduire, voire d’éliminer, l’usage d’antibiotiques dans la production porcine et avicole.

La situation géographique de la région influence également le choix des espèces cultivées et les propriétés nutritionnelles des plantes qui y poussent. « La période de gel est plus longue, tout comme l’ensoleillement quotidien en été, mais la période de croissance est plus courte », explique Chantale Bélanger. Ainsi, la terre se repose plus longtemps, alors que le climat boréal influence la chimie du sol. Il faut donc mettre en terre des variétés plus hâtives, qui possèdent des qualités uniques.

Miser sur la créativité nordique

L’expertise nordique s’est développée au fil des décennies grâce aux producteurs de la région. « Il a fallu beaucoup de résilience pour travailler la terre dans ce climat où les conditions ne sont pas toujours faciles », souligne Chantale Bélanger. Étant donné que les cultivars sur lesquels on mise dans le sud du Québec ne sont pas adaptés aux conditions jeannoises, des projets de recherche et développement doivent être menés localement. Nutrinor collabore donc avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec ainsi qu’avec Agrinova, un centre de recherche et d’innovation en agriculture, pour tester et développer des cultivars nordiques. « Notre créativité est une de nos plus grandes forces », ajoute Chantale Bélanger.

Le lait : le bateau amiral

En mettant en marché du lait nordique biologique en 2014, Nutrinor a misé sur ce produit afin de mousser la spécificité de l’agriculture régionale. Devant le succès de l’initiative, la coopérative a lancé une gamme complète de laits et de crèmes nordiques en 2021.

La révision de l’image de marque fait une place importante à la fierté régionale. « On trouve maintenant plusieurs messages clés sur les emballages, comme le drapeau régional attaché à l’oreille des vaches, ou encore la fleur de lys avec la mention “1949”, année de naissance de notre coopérative », note son président, Dominic Perron.

Désormais, la coopérative souhaite aussi mettre de l’avant les pratiques éthiques et durables, ainsi que le bien-être animal. « En plus de mettre en valeur les spécificités des cultures de la région, on veut mettre sur les tablettes des produits qui répondent aux besoins et aux valeurs des consommateurs », précise Dominic Perron.

C’est pourquoi la coopérative a inscrit « Agriculture durable » sur le lait produit par les agriculteurs qui ont adopté le Pacte agricole durable Nutrinor. Instaurée par la coopérative, cette démarche d’amélioration continue vise la mise en place de pratiques plus performantes tant sur le plan économique que social et environnemental, notamment en ce qui a trait au bien-être animal. La mention « Vaches en liberté » fait référence à des troupeaux qui sont libres à l’intérieur de l’étable et peuvent ainsi exprimer leur comportement naturel.

« En plus de la qualité des produits nordiques, on veut souligner la conscience environnementale des gens de la région, remarque Chantale Bélanger. C’est notre monde, nos terres, nos animaux ; et on en prend soin. »

Cette plus grande transparence permet à la clientèle de consommer des produits qui répondent à ses préoccupations. Et ce n’est pas tout : les consommateurs peuvent aussi « rencontrer » virtuellement leur producteur de lait, en consultant l’onglet « Traçabilité » sur le site laitnutrinor.com.

Selon Dominic Perron, la coopérative agricole est un tremplin collectif qui permet des retombées positives sur l’agriculture régionale. « On veut que les produits de Nutrinor deviennent des incontournables dans l’assiette des consommateurs du Québec qui veulent faire des choix éthiques », dit-il. Et pour y arriver, on compte sur la force du groupe. « Je ne serai jamais plus fort que l’ensemble de mes membres. Avec plus de 1075 membres derrière nous, on est capables de défoncer des murs de béton », conclut-il en riant.