La bière se retrouve partout, dans les bars et les restaurants, mais aussi sur nos tables. Si on la boit volontiers à l’apéritif, il est de plus en plus répandu de la consommer au repas, car la bière, au même titre que le vin, s’accorde à merveille avec les aliments et peut donner aux mets une toute autre saveur. Aussi, les amateurs de bières artisanales se font de plus en plus nombreux et on déguste maintenant les produits de microbrasserie, comme un déguste un bon vin.

Depuis une quinzaine d’années, l’offre de bières de microbrasseries s’est considérablement raffinée et diversifiée au Québec. Ce qui a permis aux brasseurs québécois de se hisser au rang des leaders mondiaux en raison de la qualité de leurs bières artisanales.

La région sait tirer son épingle du jeu

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean fait bonne figure dans cette industrie florissante, avec une douzaine de microbrasseries sur son territoire. En fait, la région occupe le deuxième plus haut taux de brasseurs per capita en Amérique du Nord.

Cette dernière se distingue aussi au sein de l’industrie de la microbrasserie québécoise grâce à l’expertise développé en formation de la main-d’oeuvre spécialisée.  En effet, l’essor du marché de la bière artisanale a amené plusieurs microbrasseries à prendre de l’expansion et à augmenter leur production. Or, de nombreux brasseurs ont de la difficulté à recruter de la main-d’œuvre qualifiée. Si bien que plusieurs microbrasseries doivent investir dans la formation à l’interne de nouveaux employés spécialisés.

Pour répondre aux besoins en main-d’œuvre des microbrasseries de la région et de la province, Mastera, le service de la formation continue du Cégep de Jonquière, a créé un programme d’attestation d’études collégiales (AEC) Techniques de production en microbrasserie. Ce programme d’AEC, exclusif au Cégep de Jonquière, a d’ailleurs été élaboré en étroite collaboration avec un comité formé d’experts issus du secteur brassicole, appuyé par l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ).

Faire sa marque sur le marché de la bière

Alors que l’industrie de la microbrasserie connaît une croissance sans précédent dans la province, une question importante se pose pour les brasseurs québécois: comment les microbrasseries régionales peuvent-elles se différencier et demeurer compétitives alors que l’offre se fait de plus en plus importante et diversifiée ? «C’est la grande question du moment ! », lance d’entrée de jeu Philippe Wouters, réputé biérologue.

«Pour l’instant, l’offre est encore en dessous de la demande dans un contexte de marché global. Mais si on regarde la place sur les tablettes des détaillants, on se rend compte que ceux-ci font de plus en plus de choix. Aussi, une microbrasserie qui fait des produits qui sont considérés comme bon par la clientèle et qui a des initiatives de visibilité pour se faire remarquer a dorénavant plus de chances de réussir qu’une autre », croit le chroniqueur bière de Groupe Capital Médias et éditeur du magazine « Bière et plaisirs.

Des bières d’appellation est-ce envisageable ?

Puisque les régions productrices de vin se distinguent par leurs cépages et leurs appellations contrôlées, pourrait-il en être de même pour les bières artisanales du Saguenay-Lac-Saint-Jean et du Québec ? Est-ce qu’il pourrait s’avérer d’un moyen efficace pour démarquer les microbrasseries sur les marché extra régionaux ?

Selon Philippe Wouters, il serait difficile de créer une marque distinctive pour les produits de microbrasseries régionaux. «Il n’y a pas réellement de terroir dans la bière au Québec, de ce fait, les brasseries doivent créer un sentiment d’appartenance autrement. La Gaspésie a, par exemple, créé une route des bières en regroupant plusieurs brasseries. L’initiative est donc celle du tourisme. Le Saguenay-lac-st-jean pourrait faire la même chose ou tout du moins travailler encore plus sur le tourisme », note le spécialiste en bière.

Favoriser la régionalisation 

Philippe Wouters est également d’avis qu’il est plus profitable pour les microbrasseries de concentrer leurs efforts sur le développement de leur marché régional, au lieu de tenter de percer sur les marchés extérieurs.

«Je crois de plus en plus en une certaine régionalisation des brasseries. Je les invite d’ailleurs à se concentrer de plus en plus sur leur région, plutôt que d’essayer de vendre partout. Plus on s’éloigne de la brasserie, plus ça coûte cher de distribuer et de vendre sa bière », souligne-t-il.

«J’encourage d’ailleurs les gens à fréquenter les brasseries régionales. Elles offrent souvent un salon de dégustation qui permet de découvrir les dernières cuvées en fût. De plus, la bière, c’est une excellente source de rencontres. Et en cette période estivale, elle est aussi rafraichissante, car elle se boit fraiche. Santé !», conclut sur une note sympathique le réputé biérologue.


Au-delà de la compétition, la collaboration

Bien qu’il existe une certaine compétition entre les brasseurs, un peu partout au Québec, on voit de plus en plus naître, le temps de la création d’une bière, des collaborations entre microbrasseries. Chacune est souvent le résultat d’une initiative spontanée, d’une cause sociale ou tout simplement de l’envie de plusieurs brasseurs de se réunir. C’est surtout ça le monde de la bière! Les brasseurs de la régions qui se sont donnés rendez-vous à Saint-Félicien le 15 juin dernier pour créer la «Saison des classes», une cuvée spécialement brassée pour soutenir l’attestation d’études collégiales en technique de microbrasserie, en est un bel exemple. Souhaitons qu’ils réitèreront l’expérience!


Par Mélissa Bradette

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